En Marge
Cristian Esculier
"La mer est là, en Finistère. Huit cents kilomètres de côtes au travail en témoignent. Interface sonore, le littoral est un monde plus qu'une limite. Les éléments y règnent dans la lenteur. Ce qu'ils proposent depuis toujours, d'une variété stylistique extraordinaire, est une esthétique du paysage qui affirme le temps comme jeu de l'eau et de la pierre.
Depuis le Néolithique cependant, une autre architecture se superpose à l'"ancienne", affublant le littoral finistérien d'une multitude d'appendices anthropomorphiques. L'homme aménage l'espace selon ses besoins. Au temps géologique (minéral) se substitue un temps géographique fondé sur le contrat et l'utilité, pour paraphraser Michel Onfray. L'espace se domestique. La nature tend à se résorber dans la culture. Parce que le pays est rude, cette dernière s'est voulue sobre, élémentaire. Culture de l'effort et de l'abnégation, anxieusement tournée vers la mer: si bien qu'on peut se demander, de l'habitant ou de l'habité, qui tire les ficelles de l'autre, qui habite l'autre et le structure.
Loin de l'imagerie traditionnelle, le travail proposé ici cherche d'abord à restituer une tension. La ligne claire entre sujet et objet disparaît, une interrogation se fait jour où il s'agit moins de la nature des choses que de la façon dont elles s'organisent. L'horizon n'est pas la fresque, aux cadres si nets qu'ils paralysent la pensée. Partant de ce principe, le choix du noir et blanc creuse le registre de l'attente. Les motifs se dérobent, c'est au regardant de tisser du lien avec les lambeaux qui lui sont proposés.
Communiquer l'espace... De simples habitations en aménagements portuaires, de bouts de chemin en pins recroquevillés sur une grange dans le lointain, la trace humaine sert de fil rouge à une série nomade dont l'ambition est de questionner notre perception du paysage finistérien."
Nicolas Robin
Vernissage
Samedi 14 janvier 2012 à 9h30