Olivier Jobard - Rêve d'une pluie de parfum et Kingsley

Site web : www.olivierjobard.com

Le mouvement comme un gage d’invisibilité. Et comme un acte qui le définit : il est devenu mosaferin, « voyageur ». Il doit avancer tant qu’il n’a pas atteint son but. L’action mêlée d’appréhension et d’acharnement l’enivre. Luqman est jeune, 22 ans. Il se sent fier, audacieux. Il a fui l’Afghanistan pour échapper à une sanglante vendetta de village. « C’est incroyable ce qu’on vit en ce moment ! Je suis heureux ! Tous mes problèmes seront résolus quand on arrivera. Ils s’occuperont de nous, nous donnerons nos droits. » Avec Fawad, Jawid, Rohani et Khyber, ils partagent une aventure hors du commun. A la vie à la mort ; pour survivre. C’est la route des clandestins.
Le périple des 5 jeunes hommes afghans, qu’Olivier Jobard et moi avons suivi, n’est pas que géographique. 12000 kilomètres d’une virée intellectuelle où les six frontières traversées sont aussi culturelles. « On raconte que tous les matins, les hélicoptères survolent Paris pour vaporiser du parfum… Une pluie de parfum… » Disait Jawid en riant avant le départ. Le groupe découvre des modes de vie à l’opposé des leurs, de nouvelles langues. C’est la première fois qu’ils voient la mer, les mini-jupes des filles, des bars, des gratte-ciels… Vivre ce qu’ils n’avaient vu qu’à la télévision. Quelle excitation !
Soudain, on s’arrête. Aux marches effrénées se mêlent les insupportables haltes. C’est l’attente dans une planque empuantie pendant des semaines, sans savoir quand le signal va être donné. L’arrêt, ça casse le moral, ça peut vous détruire un homme. Les migrants perdent cette identité transitoire qui rend la route clandestine tolérable. Comme un coureur de sprint aux JO, forcé de faire une pause alors qu’il devine le triomphe de la ligne d’arrivée. « Je n’en peux plus d’attendre, j’ai l’impression de devenir fou ici ! Tous les jours, le passeur nous dit que c’est pour le lendemain, qu’il faut attendre que la mer se calme. On se prépare, et finalement on ne part pas. » Lâche Fawad, à Istanboul.
Ce rythme imprévisible semble dilater le temps. C’est la dualité de la clandestinité. Elle oscille invariablement entre urgence et ennui. Entre héro et zéro. Luqman voit ses rêves confrontés à la réalité. Dur réveil quand il comprend que certains sont des fantasmes. Trois des copains ont été expulsés en Afghanistan... Luqman et Fawad ont réussi à entrer dans la forteresse Europe. Imaginez-vous ! Ils ont gravi des montagnes pour atteindre leur terre promise. Mais une fois arrivés, Luqman et Fawad ne sont pas fêtés ; ils deviennent des « rien-du-tout ». « Je croyais qu’on allait m’aider pour que je reprenne mes études, me construise une nouvelle vie. Mais on dort dans la rue, on mendie pour manger. Mes rêves sont détruits. »
Les migrants appartiennent de plus en plus à une masse de fantômes désincarnée dans l’inconscient collectif. Ils sont représentés et regardés comme des animaux. À une époque où le courage est une vertu vantée par notre société, où la prise de risque est érigée en valeur étalon, le périple de Luqman et ses amis expose tout ce que les migrants sacrifient dans l'espoir d'une existence meilleure. Les migrants sont les véritables acteurs de notre monde globalisé.
Aujourd’hui, Luqman continue de marcher, à pas de géant, dans les rues de Paris. Il s’envolerait presque. Il apprend le Français, se bat pour rester positif, avoir des papiers et reprendre enfin ses études. Il marche. Comme s’il n’avait toujours pas atteint son but. Son périple ne fait que commencer.
Claire Billet.

 

Kingsley, un jeune Camerounais de 22 ans, a traversé en toute illégalité l'Afrique subsaharienne pour s'embarquer sur un esquif de fortune et affronter l'Atlantique afin d'entrer clandestinement aux Canaries, territoire espagnol, donc européen. Aujourd'hui, il vit en France et a réussi à obtenir une carte de séjour en toute légalité.

Bibliothèque Universitaire de lettres et sciences humaines

Bibliothèque Universitaire de lettres et sciences humaines

11 avenue Foch
29200 Brest

02 98 01 68 92

Horaires

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Du lundi au jeudi de 8h à 22h
Vendredi de 8h à 19h
Samedi de 9h à 17h

Le Mac Orlan -

Le Mac Orlan - "Kingsley"

65 Rue de la Porte
29200 Brest

02 98 45 14 96

Horaires

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Visible au moment des spectacles
Mercredi et le vendredi de 15h à 19h (hors périodes scolaires)

Né en 1970, Olivier Jobard intègre l’école nationale Louis Lumière en 1990 qui lui propose d’effectuer son stage de fin d’études à l’agence Sipa Press qu’il rejoint en 1992 pour 20 ans. Il couvre de nombreux conflits dans le monde. Après un séjour à Sangatte en 2000, son approche photographique évolue vers un travail au long cours pour répondre à son envie d’étudier les questions migratoires donnant lieu à de nombreux travaux. En parallèle, la question de l’intégration des immigrés dans leurs pays d’accueil s’est naturellement imposée. Lauréat de nombreux prix et bourses, Olivier Jobard expose à travers le monde et son travail est l’objet d’une exposition permanente à La Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration avec Kingsley. 

Rencontre

  • Vendredi 13 janvier, 18h : rencontre-signature à la Librairie Dialogues, Forum Roull, 29200 Brest - Tél 02 98 44 88 68
  • Mardi 17 janvier, 16h : Visite commentée à la B.U de Lettres, 11 avenue Foch, 29200 Brest - Tél 02 98 01 68 92
  • Mardi 17 janvier, 18h : rencontre-vernissage à la B.U de Lettres, 11 avenue Foch, 29200 Brest - Tél 02 98 01 68 92